La musique est un grand chaos dans lequel on peut palper le beau. Les sons vivent, meurent et ne reviennent plus jamais. On tente d’échapper à cette fatalité avec le médium de l’enregistrement, mais en fait, le son ressuscite avec une âme dénaturée. On l’écoute avec une autre oreille, dans un contexte différent, dans une temporalité différente, avec un instrument différent. Par exemple, un speaker ne peut pas rivaliser avec l’instrument qu’est la Terre entière qui gronde lors d’un orage. Mais de toute façon, qui se soucie d’un disque d’orage? Qui se soucie d’un enregistrement de vagues qui meurent sur la plage? Dans le même ordre d’idées, qui se soucie de la photographie d’un coucher de soleil?
Hier soir, je revenais chez moi à pied, et je me suis dis que j’aimais irrationnellement la musique pour trois de ses aspects : le beau, le bon et le hot. Si l’enregistrement ne permet pas d’enregistrer correctement une tempête, il permet par contre de capter ces trois qualités.
Le beau est la partie émotionnelle, de jolies mélodies, une esthétique soignée, des souvenirs d’enfance, on parle d’amour, une jolie valse, ça nous rend heureux ou triste, on aime la chanter. J’aime la chanson Moon River de Frank Sinatra.
Le bon est la partie manuelle, la partie gros bras de la musique. Metallica, c’est bon, ça buche, ça groove, c’est difficile techniquement, c’est tight, c’est agréable à l’écoute, les sons se marient bien.
Le hot est la partie intellectuelle, l’originalité, lorsque la musique nous transporte dans un monde abstrait ou complexe, lorsque notre cerveau tente de décoder ce flux sonore riche et nouveau. Amon Tobin, c’est hot!
Une pièce peut être hot, mais moins belle. Elle peut être bonne, mais elle n’est pas obligée d’être hot. Moi je dirais qu’Aphex Twin, c’est bon et c’est hot, mais je n’irais pas jusqu’à dire que c’est beau. Je dirais que Céline Dion a fait quelques belles pièces, qu’elle est très bonne, mais qu’elle manque souvent de hot.
Remarquez ici que les trois termes n’ont pas nécessairement de lien direct avec leur sens propre, c’est une sorte de sens figuré élargi.