Parfois, les gens renient la musique pop car ils la considèrent moins travaillée que la musique classique. Tout dépend de la façon dont on conçoit la musique et ses styles. Un bon compositeur classique ne sera pas nécessairement un bon compositeur pop, et le contraire est aussi vrai. Un excellent exemple pour appuyer mon point est un disque que j’ai détesté : The London Philharmonic Orchestra Plays Hits of Pink Floyd. Dans ce disque, on a pris des pièces rock, et on a refait les arrangements pour orchestre symphonique.
L’erreur qu’ont fait les producteurs de ce disque est de considérer le pop comme une sous-branche, un dilué de la musique classique. On a donc pris les pièces de Pink Floyd, on a fait une jolie interprétation bien propre, on a rajouté quelques contrepoints, on a mis des solos de clarinette, etc… on a tenté «d’upgrader» les pièces au stade classique. C’est une erreur que beaucoup de personnes commettent, dont beaucoup de compositeurs. Le pop n’est pas une sous-branche du classique, c’est une autre branche.
C’est un peu comme la bière et le scotch. Le scotch est un alcool fin, vieillit d’environ 10 ans, triple fermentation, fût de chêne. Cela prend plusieurs années avant d’apprécier toutes les subtilités du scotch, mais une fois qu’on réussit à l’aimer, on découvre un paysage de goûts infinis. La bière est un alcool populaire, avec peu de temps de fermentation, fût de containers en stainless. On en boit souvent seulement pour l’effet, et le goût devient alors en second plan.
Mais parfois, il arrive qu’on boive de bonnes bières. Il y a les bières belges, il y a Unibroue, il y a des centaines de micro-brasseurs! Des gens qui ne considèrent pas la bière comme un sous-alcool, mais comme un alcool distinct, avec son procédé de fabrication distinct et ses arômes distinctes. Penser que la musique pop est une sous-branche du classique revient à dire qu’une bière est un dilué de scotch.
Mais attention, il y a d’excellents disques de bières converties en scotch. J’ai entendu les pièces des Beatles de toutes les façons inimaginables : blugrass, jazz, baroque, classique du XXe siècle. Pourquoi c’est bon? Parce que les créateurs étaient conscient de ce qu’ils faisaient : ils changeaient la bière en scotch (pour ne pas reprendre «changer l’eau en vin»!).
L’idée particulièrement mauvaise derrière The London Philharmonic Orchestra Plays Hits of Pink Floyd, c’est qu’on considère Pink Floyd comme un dilué de scotch, et l’on tente de le distiller. On se rend compte que ça sonne mal, alors on rajoute un peu de scotch dans le mélange.
Le disque n’est pas particulièrement mauvais, en passant. Ça s’écoute. Mais il est, selon moi, tout simplement sans intérêt, et ne rend pas justice à l’œuvre de Pink Floyd.