Suite à cet article.
On ne demandera jamais à un médecin d’avoir un talent brut pour pratiquer tout de suite sans avoir de diplôme. Tout le monde comprend que devenir un bon médecin, ça prend du temps et beaucoup d’efforts. Et le temps, c’est de l’argent. C’t'à ça que ça sert, les prêts et bourses, ça sert à laisser le temps aux étudiants de se consacrer entièrement à l’apprentissage de leur domaine.
Dans l’article ridicule de monsieur Descôteaux, j’y perçoit une croyance générale : être artiste, tu l’as ou tu l’as pas. T’as pas besoin de subventions, t’as pas besoin de passer ta vie à faire ça. Non, t’as juste besoin d’avoir du talent et youppi! Un vidéo sur youtube qui poigne! T’es pas content?
Comme si être artiste, c’était pas un métier qui s’apprend comme les autres. Tu prends une guitare et paf! Une toune. Et elle poigne en plus, tout le monde la download. Ça en fait des choses à dire pendant tes shifts de doorman au St-Sulpice. T’es vraiment chanceux.
Ça prend des années et des années devenir un bon artiste, comme devenir un bon médecin, ou un bon architecte. Sauf qu’on passe pleins d’années et de subventions à créer quelque chose qui ne sert à rien.
Parce que sans art, on peut continuer de vivre, ça l’air. Parce que tout ce que ça prend à un humain pour vivre, c’est de la bouffe, de l’eau, de l’air. Parce qu’un humain, ça fait juste pisser, chier pis dormir. Pis quand on est pu capable de pisser, de chier ou de dormir, ben ça nous prend un médecin pour continuer. That’s it.
Moi quand je me couche le soir, je ne pense pas à quand j’ai pissé, chié ou dormi. «J’ai passé une belle journée, aujourd’hui, toutes mes fonctions vitales ont été accomplies.»
Remarquez bien que ça m’arrive de me trouver chanceux d’avoir au moins ça. Je pense aux pauvres du tier monde qui n’ont même pas de toilette pour y pisser et y chier. En fait, y’ont même pas de bouffe, alors y’en ont pas besoin.
Quand on dit que y’a plein de talent au Québec, c’est vrai et c’est faux. Y’a pas plus de talent au Québec qu’en Afrique. C’est juste qu’ici, ça nous arrive de donner 10 000$ à un artiste pour qu’il passe un an de sa vie (deux fois sous le seuil de la pauvreté) à se consacrer entièrement à l’art. Au fil des années, il devient un bon artiste. Les Africains n’ont pas ça, et ÇA, je trouve ça encore plus terrible que n’importe quoi d’autre. Ils ne vivent que pour pisser, chier et dormir, et sont constamment dans une situation précaire, en mourant un jour sans devenir quelqu’un. Parce qu’avoir un travail qu’on aime, c’est donner un sens à sa vie, et tout le monde devrait avoir le droit de donner un sens à sa vie.
Quand je lis des articles stupides dans le journal, je me dis que pour faire un article aussi médiocre, l’auteur ne doit pas aimer son travail, ou pire, n’avoir aucun désir de dépassement de soi. Cette personne n’a pas trouvé de sens à sa vie.
Cette personne met ses petites priorités individuelles de l’avant. Parce que lui, s’il trouve que l’art ça sert à rien, personne devrait prendre une partie de son cash pour en faire un professionnel. Tant qu’à moi, si tous les chats de la terre crèveraient, j’en aurais rien à foutre. Est-ce que les vétérinaires sont constamment en train de se faire traiter de quêteux dans les médias à cause que ça prend des subventions pour faire d’eux des professionnels?
Vas donc chier, David Descôteaux. Tu ne m’enlèveras pas le droit d’avoir un métier que j’aime.
Merci,
Gaube Ledoux
Dimanche, 18 octobre 2009 à 18:58 |
1) David Descôteaux est un petit mercenaire de l’IDEM, soit l’Institut Économique de Montréal, un “think tank” de droite économique ultra-néo-libérale. Pour cette organisation, n’importe quelle intervention gouvernementale, excepté peut-être celle des routes et de la défense, est une hérésie. Mais tu en as bien relevé ces aspects par la bande.
2) Il utilise un argument foutrement fallacieux lorsqu’il décrit le cheminement du “lip-dub” de l’UQAM. Bien évidemment qu’ils se sont autofinancés, c’était dans le cadre des initiations en communication, quel genre d’organisme public aurait financé une initiation! Et encore là, ils se sont très sûrement financé avec la caisse de leur association étudiante… donc publique!
3) En affirmant “Les subventions ne créent pas le talent”, je crois aussi, comme tu l’as relavé aussi, qu’il se met les deux pieds dans la bouche. En effet, comment avoir des artistes compétents sans financement? Ben oui, c’est possible de s’autofinancer, mais hélas ce n’est pas tout le monde qui a accès à des fonds, d’où l’importance d’aide. Sinon, ça sent le darwinisme social…
4) De plus, au Québec, sans subventions à la culture, bye bye culture distincte, bye bye langue française. C’est fou comment plusieurs critiques des subventions à la culture oublient qu’on est entourés de 330 millions d’anglophones… Mais peut-être qu’ils s’en foutent aussi.
Bref, une grosse malhonnêteté intellectuelle inhérente à l’Institut Économique de Montréal…
Dimanche, 18 octobre 2009 à 19:12 |
Je suis d’accord. Et pire, le talent n’existe même pas! C’est probablement un concept inventé par les gens sans APTITUDES (et non talent) qui voulait justifier que d’autres gens soient meilleurs qu’eux. Personne ne nait talentueux. Le seul “cadeau” inné que quelqu’un pourrait avoir à la naissance, c’est celui d’avoir un intérêt marqué, une passion qui non seulement le fera progresser plus vite dans un domaine (progrès et intéret étant intimement lié), mais aussi le disposera à passer un nombre d’heures inquantifiable à travailler dans ce qu’il aime le plus au monde. «Oui, mais Mozart avait du talent à la naissance». Non. Il a été initié très très tôt à la musique et, visiblement, il adorait ça. Il avait l’oreille absolue comme environ 60% des enfants qui commencent le piano avant 5-6 ans. Et, il était intelligent, avait une bonne mémoire. Un ensemble de facteurs qui créent un prodige, certes, mais aucun talent inné.
Simon